Les Mots Et Les Choses De La Vie...

Geneviève

(Des publicités apparaissent sur cette page... Désolée, je n'en suis pas responsable).
 
 Histoire de la descente progressive de notre fils
                             vers la Maladie Psychique...
 
 Eric, notre fils malvoyant depuis la naissance,
un adolescent parti insidieusement à la dérive...

 
 Je ne puis tout décrire, tout énumérer dans cette page...
 
L'ophtalmologiste de famille qui suivit Eric dans sa toute petite enfance, me conseilla de ne pas reprendre mon activité professionnelle afin d'accompagner Eric dans son apprentissage à l'école, dès son entrée au Cours Préparatoire afin d'éviter de le placer dans une Ecole pour Amblyope en raison de son tempérament sensible et le milieu scolaire plus faible.
Ces structures d'accueil se situant sur Paris, nous habitions en banlieue parisienne, ce petit bonhomme aurait été bouleversé.

Etait-ce la meilleure solution ?
Jusqu'à ma mort, je me poserais cette même question même si j'ai fait de mon mieux par amour pour mon enfant.

Une scolarité en primaire bien réussie.

A chaque rentrée scolaire, Je remettais un certificat médical du médecin l'enseignant(e) précisant qu'Eric devait être placé à 1,50 m du tableau, à la première table, face au tableau.
Ce qui dérangea parfois quand la disposition était en fer à cheval dans la classe...

Eric était un enfant raisonnable, réfléchi, qui s'intéressait.
Il aimait rire !
Ce petit homme s'amusait à faire l'animateur de radio quand ses amis venaient à la maison. 
Il se mit à construire des histoires dans un grand cahier acheté tout spécialement pour cela, copiant sur sa grand-mère très portée sur la littérature et qu'il a toujours admirée et adorée.

L'apprentissage de la lecture ne présenta aucun problème ainsi que pour les autres matières malgré son acuité visuelle à 3/10ème oeil droit et 4/10ème oeil gauche avec verres correcteurs.
Mais les jours de piscine, il appréhendait toujours un peu car il était plus lent que les autres enfants, pour se dévêtir ou se rhabiller ; sans ses lunettes, il n'avait  qu'1/10ème pour les deux yeux.

Ses débuts dans un collège privé (où son frère étudiait déjà) se révélèrent assez satisfaisants quand en fin de 4ème, la Directrice de l'Etablissement désira me rencontrer pour proposer  un redoublement, en raison de ses notes plus faibles en mathématiques et en physique, bien que cette idée ne parut pas très justifiée par rapport à ses résultats de toute l'année.

Mon fils n'ayant jamais redoublé jusqu'ici malgré son handicap visuel, je décidai de faire confiance aux enseignants...
Eric fut très en colère ce jour-là et déclara : "Je ne ferais plus rien à l'école " !

Les grandes vacances approchaient et je me dis qu'elles allaient lui être très bénéfiques.
Nous allions nous retrouver en famille.
Nous partîmes un mois en camping dans le Sud de la France, emmenant avec nous, son meilleur copain de l'époque.
Eric se referma de plus en plus, nous évitant, perdant de sa gaieté, de sa motivation...
Lui, qui était si créatif, vivant, auparavant !
Son père et moi pensions vraiment que c'était l'adolescence, d'autant que sa voix commençait à bien muer etc...

De retour à la maison, la rentrée des classes arriva très vite.
Eric démarra une nouvelle année de classe de 4ème qui fut une catastrophe par rapport à la précédente.
Il devint de plus en plus sombre, coléreux, le refus en lui, faisait des bêtises dans le collège, semblant prendre un certain plaisir à être arrogant...

Je me dis que ça passerait, que c'était une période inévitable, que nous étions là de toute façon pour le guider, lui expliquer et qu'on y arriverait.
Son frère et lui continuaient les cours de Karaté et nous pensions que ce sport collectif allait l'aider !

En fin d'année, la Directrice nous reconvoqua.
La mise au point fut assez sèche de sa part.
Sans détour, elle proposa de faire rentrer Eric en 3ème technologique pour la future rentrée.

Eric en pleurs, déçu et panniqué, me supplia d'insister auprès de sa Directrice afin qu'elle accepte qu'il aille en 3ème générale, ne sachant pas ce qu'il voulait faire dans l'avenir.
Il n'avait pas envie de réfléchir à son avenir, n'était pas encore prêt.
J'avais rencontré ses professeurs plusieurs fois dans l'année et pourtant, ceux-ci ne paraissaient pas opposés pour la poursuite des études en général, au contraire.
Avec mon fils, nous nous rendîmes au C.I.O qui nous conforta pour qu'Eric intègre une 3ème générale et surtout pas une 3ème technologique.

La Directrice nous rappela Eric et moi, pour un nouvel entretien, très agacée et fermement décidée...
D'une voix très exclamative, elle déclara qu'il serait mieux qu'Eric quitte l'Etablissement !
Interloquée, surprise d'une telle réponse et apercevant mon fils comme figé, tête baissée, les yeux vers le sol, je me levai de mon siège pour annoncer à cette femme qu'effectivement, il allait changer d'Ecole.

Cette femme ne nous pas donné le choix, qu'allait donner ce changement de collège ?
Eric retrouva donc une scolarité dans le Public, pour une 3ème générale, accepté sans problème par le Proviseur.

C'est là que tout commença à partir dans tous les sens...
Eric, désorienté, devint très agité, n'arrivant pas à s'intégrer aux autres et les résultats scolaires s'en ressentaient.
J'appris par d'autres enfants, qu'Eric se faisait manipuler à la sortie du collège et qu'il exécutait des bêtises provoquantes ordonnées par certains élèves afin d'échapper à leurs moqueries et à leurs violences.
A la maison, les dialogues devinrent presque impossibles, il s'énervait très vite.
Partant se replier dans sa chambre, son univers, qu'il tapissait d'images violentes sur les arts martiaux.
Il regardait dix fois de suite la même cassette, semblant perdre tout intérêt pour le reste.
Il ne nous parla plus que de karaté, disant qu'il était devenu un grand karatéka.
Chuck Norris, Jean Claude Van Damme ou tout autre personnage de ce genre étaient devenus ses uniques modèles.
Il exprima fortement le désir de faire de la boxe.
Mais ça n'était pas l'idéal pour quelqu'un qui a déjà des problèmes oculaires.
Le spécialiste s'y opposa d'ailleurs.

Eric s'enfonça tout doucement dans un un monde à part, irréel, un monde qui devint le sien...

De mon côté, je m'entourai des conseils de professionnels, afin de comprendre le mal-être de mon fils de 15 ans, de l'analyser de façon logique, juste.
Continuant de penser que mon fils nous faisait une crise d'adolescence comme beaucoup d'autres jeunes de son âge et qu'on en sortirait forcément un jour !

Il dut redoubler son année qui fut une nouvelle catastrophe durant laquelle et à la demande de son professeur principal, nous sommes allés consulter au Service de Psycho-Pathologie de l'Enfant et de l'Adolescent de l'Hôpital Robert Debré à Paris.
Là, Eric fut très agressif et insolent vis-à-vis des professionnels du médical qui eurent bien du mal à lui faire effectuer quelques tests.
Finalement, ils décidèrent de l'hospitaliser quelques jours...
C'était au mois d'avril 1997.

A la fin de son séjour à l'hôpital, le psychiatre du service nous remis, le compte-rendu de son hospitalisation qui mentionnait les débuts d'une éventuelle schizophrénie désorganisée.
La Toxoplasmose l'avait rendu malvoyant mais elle avait touché son cerveau aussi !
(Ce que nous a expliqué quelques années plus tard, l'hôpital Sainte-Anne).
Quel choc !
Mon enfant chéri, il fallait le sauver !
J'ai mis un certain temps à réfléchir sur ce que je refusais d'accepter.
Puis, j'ai eu la conviction qu'Eric pouvait s'en sortir, que je pouvais l'aider !

Il passa son Brevet des Collèges sans succès mais nous nous y attendions, après une année pareille.
Eric désira rentrer en Seconde Générale à tout pris, s'interrogeant toujours pour un métier à exercer plus tard.
Impossible de le raisonner, il ne voulut rien entendre au sujet d'une direction différente dans les études.
Dans son agitation, il avait l'air quelquefois d'un délinquant mais je le devinais...
Je le sentais comme un chiot apeuré, tout se confondait, se mélangeait dans sa tête.
J'eus l'impression qu'il attendait encore beaucoup de moi, sa mère, il se demandait ce qui lui arrivait, semblant chercher l'introuvable.
Il ne savait plus...

Je gardai donc "l'espoir" en moi, pour Eric, mais aussi pour son frère qui préparait un Bac Technologique et s'inquiétait beaucoup de cette situation douloureuse, qui perturbait toute la famille.
Avec lui, de nouveau je repartis recueillir les avis des différents conseillers d'orientation.
Au moyen d'un solide dossier, je fis Appel, Eric eut son passage au Lycée, en voie générale.

L'année fut terrible...
Eric sècha des cours, un état d'excitation s'accentua dans son personnage, il fit n'importe quoi, tout devenait incohérent en lui...
Alors qu'il rentrait à bicyclette, déjeuner à la maison, il traversa la route au feu vert et se fit renverser par une voiture !
Une chance, il n'a rien eu !

Eric avait besoin d'un suivi psychologique, mais comme il refusait, nous étions impuissants.
Les médecins nous répondirent qu'on ne pouvait pas le forcer...
 
 
 



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