Les Mots Et Les Choses De La Vie...

Geneviève

(Des publicités apparaissent sur cette page... Désolée, je n'en suis pas responsable).
 
En juin, nous nous rendîmes tous les deux au C.I.O et là, comme par défi, Eric décida subitement de préparer un B.E.P Comptabilité en Lycée professionnel.
Dans ce Lycée, malheureusement beaucoup de jeunes pertubés aussi...
Eric fut agressé, il eut le crâne ouvert par un élève.
Quand il rentrait le soir, il ne fallait pas trop lui parler, il était énervé.
Malgré tout, j'eus l'impression qu'une évolution positive se faisait, je le sentis légèrement plus stable.
Ses résultats scolaires ne furent pas trop mauvais ; il eut son passage en 2ème Année B.E.P Comptabilité.
La fin de l'année scolaire approchait.
Un jour, comme chaque matin, Eric partit prendre son train.
Par malchance et à cause de sa mauvaise acuité visuelle, il se trompa, pris un train direct qui le conduisit à Paris.
Il dut faire demi-tour, arriva bien évidemment en retard à son cours.
Le professeur le sermonna, ce qui fut bien normal et hélas cela se passa mal...
Je fus convoquée par le Proviseur qui me reçue assez désagréablement, comme une coupable, pour m'annoncer que mon fils était renvoyé, m'expliquant ses insolences à l'égard de son professeur que je jugeai inacceptable de la part d'Eric, bien sûr.
J'essayai quand même de plaider, afin qu'il eût une dernière chance, puisqu'il avait son passage en 2ème année ! Eric en était si heureux !
Mais en vain...

Eric ne s'en remis pas, revint plusieurs fois au Lycée pour présenter ses excuses au professeur et au Proviseur, sans résultat.
Il fut très malheureux ; j'eus très mal pour lui.
Alors, les rares fois où il voulut bien m'écouter, je lui parlai des règles de la vie, des limites à ne pas dépasser, du respect...
Ce qu'il comprit mais est resté définitivement sur cet échec provoqué par ses sauts d'humeur.
En même temps, dans les semaines qui suivirent, je vis réapparaître son regard sombre, son instabilité, agitation, et repli sur lui-même.

Pendant l'été, je réussis tout de même à l'inscrire dans un autre Lycée de la région.
Il n'y resta que deux mois à peine...
Eric pris la décision de se déscolariser.
Je discutai avec les enseignants pour leur demander de retenir mon fils, de lui parler afin qu'il n'abandonnât pas les cours, mais ce fut peine inutile...

Et Eric sombra de nouveau...
(Toujours aucun traitement pour l'aider ou suivi régulier par un psychiatre, puisqu'il refusait toute consultation psychiatrique et que ces spécialistes ne voulaient pas l'y contraindre, il fallait qu'il y vienne de son plein gré)...
Il ne respecta plus les heures, ne fit plus la différence entre le jour et la nuit, quitta la maison n'importe quand où se terra dans sa chambre devenue sa tanière.
Son agressvité augmentant...
Je ne reconnus plus mon fils.
Qu'était devenu Eric ?

Après un certain temps, Eric accepta que nous nous déplaçâmes dans les C.F.A de la Chambre de Commerce pour qu'il puisse reprendre des cours.
Il en fit plusieurs...
Très mal à l'aise, il n'arriva pas à trouver un employeur...
En conséquence, les cours cessèrent car les C.F.A lui fermèrent les portes.
Tous ces échecs ne firent qu'augmenter son mal-être.

J'avais entendu parler de la Mission Locale.
Eric voulu bien sortir de son lit afin de nous y rendre car les solutions commencèrent à arriver à épuisement.
Il fut reçu par une psychologue qui n'a jamais voulu savoir qu'Eric n'allait pas bien.
Je ne compris jamais pourquoi...
Cet organisme l'envoya faire plusieurs stages de courte durée, dans des endroits où il se retrouva avec des délinquants qui sortaient de prison.
Il fut envoyer dans différentes structures pour y subir des tests, des bilans qui ne servirent à rien. Nous consultâmes des services d'accompagnement pour les jeunes désoeuvrés, ce qui n'aboutit à rien non plus, donnant l'impression que les interlocuteurs qui nous recevaient, n'étaient pas à la hauteur ?

Ce fut la dégringolade...
Mon fils avait perdu ses repères, la Maladie Psychique était là !

En 2003, Eric eut l'Appendicite.
L'intervention se passa mal, un chirurgien inexpérimenté...
A cause de cette personne, une semaine après, Eric subit une deuxième intervention plus grave cette fois, par le Chef du Service, qui fut contraint de lui retirer tout le côlon ascendant et une partie de l'Intestin Grêle, remplis d'abcès.
Tous ces évènements ne firent qu'accroître la Maladie Psychique d'Eric, bien fatigué.

Son état psychique s'aggravait.
Plusieurs semaines après, il fut accueilli par un Centre pour Malvoyants, à Paris, pour y préparer le métier d'Agent d'Accueil.
Il s'y rendit très irrégulièrement, son mental empira, une fatigue intense en lui, se sentant extrêmement persécuté, surveillé, quand il empruntait les transports parisiens, (surtout depuis qu'il fut agressé dans une gare par des jeunes qui le maintinrent à plusieurs pour lui arracher son portefeuille).
Un soir, sur le chemin du retour à la maison, il fut interpellé par la Sécurité de la S.N.C.F car il avait installé ses pieds sur la banquette dans le wagon.
Eric pris peur et répliqua verbalement de façon impulsive et maladroite (ce qu'il m'expliqua plus tard)...
L'équipe le prenant pour un délinquant, le fit descendre sur le quai.
Ces hommes de la Sécurité, le plaquèrent au sol, en lui donnant des coups de pied dans le corps.
Ils lui firent réciter l'alphabet pour voir s'il était intelligent.
Eric rentra à la maison, complètement hébété, très malade, choqué.

Dès ce moment-là, la Maladie Psychique de notre fils s'est considérablement agravée et installée.
Symptômes délirants plus intenses, hallucinations auditives etc...
Pendant plusieurs années, nous fîmes appel à S.O.S Médecin, qui rédigeait une hospitalisation en H.D.T (hospitalisation à la demande d'un tiers), depuis notre domicile.
Notre fils partait en ambulance avec les pompiers pour l'hôpital.
Son père et moi-même, prenions notre voiture pour les suivre.
Nous attendions très longtemps aux urgences.
Uu psychiatre finissait par recevoir notre fils, nous appelait ensuite pour terminer l'entretien...
Constatait qu'Eric était souffrant mais que comme il n'y avait pas de lit disponible, qu'il était calmé avec les comprimés qu'il venait de lui donner, déclarait qu'il n'y avait aucune raison de le garder.
Cette situation me révolta et nous fûmes bien obligés d'accepter !
(J'eus souvent en tête, l'idée de rester sur place aux urgences, de résister pendant des heures, jusqu'à ce que l'on s'occupe sérieusement de mon fils) !
Nous repartions donc avec notre enfant malade, sans traitement, et les choses s'agravaient.
Cette même scène se reproduisit plusieurs fois pendant des années...

"Eric n'a jamais fait usage de stupéfiants, tels que le cannabis ou autres drogues.
Ne boit jamais une goutte d'alcool.
Il a toujours été contre."

Heureusement, notre fils a un traitement maintenant.
Il vit avec nous.
Tous les jours, nous lui préparons ses comprimés à heures régulières et même, c'est lui qui nous le rappelle car il a complètement compris sa maladie.
Mais avant, que de souffrances pour lui, que de chagrin pour son frère, pour son papa et moi-même.

Eric est merveilleux, extrêmement gentil, tolérant, attentionné pour sa famille.
Il affectionne particulièrement sa mamie dont il prend bien soin, la préserve.
C'est toujours lui, il est là, vivant, nous l'aimons.
Il a accepté sa maladie, nous confie ses inquiétudes.
Ainsi, nous avons la possibilité de le rassurer, c'est très important.

Nous sommes à présent en Province et avons la chance de vivre dans un cadre agréable, dans de bonnes conditions.
Nous découvrons avec Eric cette nouvelle région dans laquelle il se sent plus en sécurité.


La Maladie Psychique crée beaucoup de dégâts dans les familles.
Elle abîme, frustre, isole.
Des proches s'éloignent aussi...
D'autres ferment les yeux.
Mais je n'ai jamais voulu me laisser prendre au piège que cette maladie procure à l'entourage.
Il faut s'efforcer de vivre normalement, tenir bon, coûte que coûte, vivre !

"Peu de temps, après notre arrivée en Charente Maritime, en Févier 2011, notre fils aîné Tony de 33 ans a déclaré un Cancer du sang, un Lymphome foudroyant, pour lequel il est maintenant suivi à l'Hôpital de la Salpétrière à Paris.
Je me demande souvent si ce Cancer n'était pas le résultat de toutes ces années de douleur morale que la Maladie Psychique a infligée à notre famille, surtout à Tony, bien jeune, en plein dans les études, qui durant des années, a probablement retenu sa souffrance, voyant son frère se dégrader, tomber dans le gouffre profond de la Maladie Psychique.
Nous avons certainement négligé Tony, trop pris par cette descente aux enfers qui entraînait Eric."

Comme tant d'autres, nous sommes toujours en attente d'une place dans un E.S.A.T pour qu'Eric puisse y exercer une activité rémunérée.
Les listes d'attente sont longues, peu de structures d'accueil et les activités ne sont pas très variées et nombreuses.
Dans ces établissements, chaque cas est différent et toutes les maladies mentales s'y trouvent mélangées.
C'est incompréhensible, irrespectueux même, pour chacune des personnes concernée par cette maladie.
Quelle tristesse !
Notre fils a du potentiel, connaît la bureautique, est motivé aussi.
Nous devons prévoir, organiser, pour le jour où nous allons disparaître.
Qu'adviendra-t-il de notre fils qui est incapable de vivre seul ?

Beaucoup de familles se retrouvent seules face à la Maladie Psychique de leur proche (notamment des mères).
C'est un combat au quotidien.
Les pères quittent souvent le foyer.
Moi, j'ai la chance d'avoir mon mari, en retraite maintenant, nous sommes deux pour notre fils.
L'hôpital psychiatrique va très mal.
Nous vivons dans un monde qui fabrique la Maladie Psychique.
Il faut en parler, faire savoir, sans honte, sans aucun tabou, ne jamais mettre à l'écart cette maladie qui mérite que l'on s'y intéresse.

La peine ne retire jamais l'ESPOIR.
Au contraire, il existe des solutions !
 
 
 



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